vendredi 22 septembre 2017

Premières lignes #09

Ce rendez-vous hebdomadaire a été créé par Ma Lecturothèque.

Le principe est simple : il s’agit de présenter chaque semaine l’incipit d’un roman.

Ce rendez-vous est très intéressant car il nous permet de découvrir en quelques lignes un style, un langage, un univers, une atmosphère.

On choisit le livre que l'on veut : un coup de cœur, une lecture actuelle, un livre de sa PAL, un emprunt à la bibliothèque...


Cela vous dit de lire les premières lignes du dernier Amélie Nothomb ? Je l'ai adoré et j'ai envie de vous donner envie de le dévorer. Let's go !



    Marie aimait son prénom. Moins banal qu'on ne le croyait, il la comblait. Quand elle disait qu'elle s'appelait Marie, cela produisait son effet. "Marie", répétait-on, charmé.
    Le nom ne suffisait pas à expliquer le succès. Elle se savait jolie. Grande et bien faite, le visage éclairé de blondeur, elle ne laissait pas indifférent. A Paris, elle serait passée inaperçue, mais elle habitait une ville assez éloignée de la capitale pour ne pas lui servir de banlieue. Elle avait toujours vécu là, tout le monde la connaissait.
    Marie avait 19 ans, son heure était venue. Une existence formidable l'attendait, elle le sentait. Elle étudiait le secrétariat, ce qui ne présageait rien - il fallait bien étudier quelque chose. On était en 1971. "Place aux jeunes", entendait-on partout.
    Elle fréquentait les gens de son âge aux soirées de la ville, elle n'en manquait pas une. Il y avait une fête presque chaque soir pour qui connaissait du monde. Après une enfance calme et une adolescence ennuyeuse, la vie commençait. "Désormais, c'est moi qui compte, c'est enfin mon histoire, ce n'est plus celle de mes parents, ni de ma sœur." Son aînée avait épousé un brave garçon l'été d'avant, elle était déjà mère, Marie l'avait félicitée en pensant : "Fini de rire, ma vieille !"
    Elle trouvait grisant d'attirer les regards, d'être jalousée des autres filles, de danser jusqu'au bout de la nuit, de rentrer chez elle au lever du jour, d'arriver en retard au cours. "Marie, vous avez encore fait la vie, vous", disait à chaque fois le professeur avec une fausse sévérité. Les laiderons qui étaient toujours à l'heure la contemplaient rageusement. Marie éclatait de son rire lumineux.


Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb, Albin Michel, sortie le 23 août 2017, 180 pages, 16,90 €, format Kindle : 11,99 €.


Je vous souhaite de très belles lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





[Tag] Collection R


Aujourd'hui, nouveau tag, mais pas made in PKJ pour une fois ! Il s'agit d'un Tag créé par la Collection R des éditions Robert Laffont. C'est parti pour répondre à ces 10 questions, toujours évidemment sur les livres !

1. L'R du temps


Un roman actuel, moderne et bouleversant. Il nous concerne tous. L'auteur croise brillamment deux thématiques : l'adolescence et les attentats de janvier 2015. Je n'ai pas lu le second tome, mais il me tarde de le découvrir.



2. Une R nouvelle


Alors, attention ! Ce qui m'attire dans le futur imaginé par Neal Shusterman, c'est l'absence de criminalité, la disparition de toutes les maladies et la résurrection en un temps record en cas d'accident grave. Mais les Faucheurs qui viennent vous "glaner" à votre domicile, ça le fait nettement moins ! ^^ En tout cas, si vous ne l'avez toujours pas lu, je vous le conseille vivement !



3. Sur l'R de jeu


J'aurais voulu grandir à Poudlard...


4. Un R de musique


Mon choix est assez ambigu car dans ce roman sublime, le silence règne en maître. On est dans l'espace à bord d'une navette, puis on est dans l'Arctique dans une base scientifique. Ailleurs sur Terre, le monde s'est éteint. Cependant, l'auteure dépeint avec poésie des paysages sensationnels, met en avant la nature, les sensations, les sentiments des personnages. Un excellent moment de lecture, tout en poésie.



5. RRRR !!!


ON-NE-SE-MOQUE-PAS. (Merci !)


6. L'R de rien


J'ai souvent préféré Hermione à Harry. Elle a tellement de qualités :)


7. R BNB


Le livre parfait pour un moment cosy : une jolie romance historique telle que L'Oiseau des neiges.



8. Le bon R pur

Ce magnifique roman m'a donné envie de visiter l'Ecosse, les Highlands... Un beau projet à réaliser !



9. R de repos


Je ne le connais pas par cœur, mais ce que j'aime ce roman ! Il y a tout : une belle histoire d'amitié, des histoires d'amour, de la noirceur, de l'espoir. Un must-have. Papillon de nuit a même été récompensé hier soir : il a reçu le Grand Prix des Lecteurs Le Livre de Poche Polar. Grandement mérité ! Lisez-le !



10. Un R réjoui


J'avais beaucoup d'a priori sur ce livre. Il est très court, il semble assez élitiste avec sa couverture très simple. Et pourtant... j'ai lu les toutes premières lignes. Et je suis tombée amoureuse de cette prose magnifique, qui fait la part belle à la forêt, à la nature, à ceux qui ont besoin d'un refuge... Je vous en parlerai prochainement sur le blog, mais c'est un gros coup de cœur. Comme quoi... Il faut donner une chance aux livres, aux auteurs. Et dire que j'aurais pu passer à côté de cette pépite...


Voilà, j'espère que ce tag vous a plu et qu'il vous aura donné des idées de lecture. N'hésitez pas à le reprendre !

Je vous souhaite de très belles lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^










jeudi 21 septembre 2017

Throwback Thursday livresque #46

Le Throwback Thursday livresque est un nouveau rendez-vous inspiré du "Throwback Thursday" d'Instagram, et créé par le blog BettieRose Books.
Le principe est simple : on partage chaque jeudi une lecture qui correspond à un thème donné.
Le récapitulatif des liens se trouve sur le blog BettieRose Books.

Le thème de cette semaine est :


Une histoire d'amour,
a-t-on jamais assez d'amour ?


Non, on n'aura jamais assez d'amour ! ❤
J'ai choisi de vous parler d'un roman qu'on ne peut plus présenter. Il a été lu et chroniqué moult fois, il a même été adapté au cinéma l'année dernière... Il compte à l'heure actuelle 463 chroniques sur Livraddict... Mais il faut l'avouer, l'histoire d'amour y est vraiment belle, sincère et touchante. Et aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de vous re-présenter :




Si le temps nous est compté...
Lou est une fille ordinaire qui mène une vie monotone dans un trou paumé de l'Angleterre dont elle n'est jamais sortie. Quand elle se retrouve au chômage, elle accepte un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. Malgré l'accueil glacial qu'il lui réserve, Lou va découvrir en lui un jeune homme exceptionnel, brillant dans les affaires, accro aux sensations fortes et voyageur invétéré. Mais depuis l'accident qui l'a rendu tétraplégique, Will veut mettre fin à ses jours. Lou n'a que quelques mois pour le faire changer d'avis.


Avant toi (Me Before You), Jojo Moyes, traduit de l'anglais (Angleterre) par Frédéric Le Berre, Milady, 524 pages, 7,90 €.


La conclusion de ma chronique : ""Avant toi" est un roman émouvant et bouleversant. C'est une romance, mais ce n'est pas du tout "guimauve". J'ai passé un bon moment de lecture MAIS j'ai trouvé le livre long par moments... Des passages dans le livre sont pour moi inutiles et plombent le rythme. Je n'ai pas pleuré comme beaucoup (mais je ne pleure jamais quand je lis donc...) cependant, on ne peut le nier : il y a de l'émotion, du rire, des sentiments forts dans ce best-seller. Je ne sais pas si je lirai la suite. Pour moi, il n'y en avait pas besoin. Par ailleurs, je n'ai pas vu le film, mais je n'ai lu que de bons avis. Je n'ai plus qu'à attendre que le cinéma près de chez moi propose le film à l'affiche... ou attendre la sortie du DVD :) Patience, patience..."



Je vous souhaite de très belles lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^
















mercredi 20 septembre 2017

"Demain sera tendre" de Pauline Perrignon

Tendre hommage

"Ton corps est un pli sous le drap. Ta main dépasse, je l'agrippe, comme je l'agrippais gamine.
Tes yeux bleus sont perdus.

Papa est mort, l'enfance avec."



Présentation de l'éditeur

Une fille, un père. Un homme tendre et têtu, qui voit sa famille grandir et ses espoirs s’éteindre. Lui qui croyait à une France construite sur une gauche généreuse, sur un syndicalisme réformateur, une presse moderne et utopique, cet homme de convictions voit la mélancolie le gagner. Mais il a un foyer où vivent sa femme et ses quatre filles, et tout au fond de lui, il transmet le flambeau à la nouvelle génération. L’amour de la musique, des lettres, de la liberté. Ce texte repose sur une belle alchimie  : il expose avec franchise, humour et douceur le regard d’une fille sur son père parti trop tôt. Un premier roman remuant.

Mon Avis

Même si la rentrée littéraire est l'objet de polémiques chaque année, elle a au moins le mérite de faire connaître aux lecteurs de nouvelles plumes. Et quelle plume, celle de Pauline Perrignon, dont Demain sera tendre est son premier roman ! L'auteure destine le récit entier à son père, décédé en 2013 d'un cancer. La première partie est consacrée à la profonde douleur de Pauline face à la mort de son père. Parfois avec humour, mais surtout avec beaucoup d'émotions, ce récit est tout simplement magnifique et on ne peut en ressortir que totalement bouleversé.

"Tu as tiré ta révérence un soir de novembre. Tu t'es fondu, entre les Saints et les Poilus, à bonne distance du sacré et de la guerre. A bonne distance, toujours. Tu as déserté, je dois bien m'y résoudre. (...) Tu es parti, papa. Pas à la guerre, ni loin d'elle. Ou de la tienne, peut-être, triste guerre, drôle de guerre, las d'avoir combattu en silence. Tu n'étais pas belliqueux." (page 12).

Il y a également ce rapport à la mort, à l'absence, au vide que laisse le père de l'auteure en elle. Ce récit nous touche, nous renvoie à notre propre histoire, inéluctablement.

"Je t'en ai voulu de déposer les armes. Ultime reddition, s'ajoutant à toutes celles qui l'avaient précédée et auxquelles je te trouvais des excuses. Mais d'elles tu te relevais, pas plus
guerroyeur ni plus fort. Vivant, au moins." (page 13).

Plus loin, l'auteure expose la vie de son père, à la santé fragile, mais vaillant pour défendre ses idées. Journaliste et militant de gauche, il était de tous les combats pour une autre société, plus juste. Un bel hommage à l'homme qu'il était. Cependant, l'auteure s'interroge sur le lien entre la génération combative d'avant-hier et la jeunesse d'aujourd'hui. Que reste-t-il de ces années où l'on n'hésitait pas à s'engager et à défendre nos valeurs et nos idées ?

"Mais si la vie donne les livres, on ignore qu'avec eux la vie recommence. Elle y éclot, et pourrait s'écrire encore et encore, cette vie-là qui ressurgit d'elle-même. Car les mots figent d'autant qu'ils invitent à la rencontre et, avec elle, d'autres histoires s'insinuent, et d'autres mots, tout ça n'en finit pas et n'est pas près d'en finir. N'y a-t-il pas de quoi se réjouir ?" (page 30).

Pauline raconte également sa propre histoire. Son parcours, ses déceptions amoureuses, son départ pour Londres, son mal-être, sa maladie, sa réaction face aux attentats qui ont touché Paris. "Comment exister quand le sens s'annule ?" s'interroge-t-elle. La parole de son père, ses explications, auraient pu l'éclairer sur ces drames. La jeunesse d'aujourd'hui doit faire parfois face à ses peurs, seule.

Ce roman au combien intime peut faire naître une certaine réticence au lecteur. L'auteure y a en effet glissé des souvenirs, des sentiments très personnels, et on a parfois l'impression de se sentir de trop face à tout ce flot d'amour, face à cette histoire intime et familiale. Cependant, au delà de ça, ce texte est d'une beauté saisissante, tant qu'elle ne peut que nous bouleverser. Il nous renvoie forcément à notre propre histoire.

Enfin, que dire du style de l'auteure, mis à part qu'il est magnifique, franc et délicat à la fois. Un récit poignant, aux airs poétiques, et un très bel hommage à ce père, à cet homme discret qui reprend vie en quelque sorte grâce à la jolie prose de sa fille.


En bref, Pauline Perrignon livre un premier roman poignant, tendre, bouleversant sur son père disparu. Avec sa plume magnifique, elle relate son histoire, et la sienne, avec sincérité, émotion et humour. Ce récit intimiste a le don de nous renvoyer à notre propre histoire. Et, comme moi, peut-être qu'il vous arrachera quelques larmes. J'espère que l'auteure continuera à écrire. Je sens qu'elle a encore plein de choses à nous livrer. Un premier roman remarquable.





Merci aux éditions Stock et au Comité de lecture Cultura.


Demain sera tendre, Pauline Perrignon, Stock, sortie le 23 août 2017, 216 p., 18,50 €, format Kindle : 12,99 €.



A bientôt pour une prochaine chronique ^^









lundi 18 septembre 2017

C'est Lundi, que lisez-vous ? #62

C'est l'heure du célèbre rendez-vous "C'est lundi, que lisez-vous ?", inspiré de It's Monday, What are you reading ?, repris par Galleane. Le récapitulatif des liens se fait sur son blog.


Chaque lundi, on répond à trois questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment ?
3. Que vais-je lire ensuite ?


La semaine dernière, j'ai lu :



J'ai lu le très beau Par le vent pleuré de Ron Rash. De facture assez classique, ce roman noir est envoûtant, sombre et magnifique à la fois. Une belle réussite. Je ne connaissais pas la plume de Ron Rash, mais j'espère lire prochainement ses autres écrits.



En ce moment, je lis :

Le six-quatre ? Une affaire non résolue qui remonte à l’an 64 du règne de l’empereur Shôwa. Une fillette de sept ans enlevée et assassinée sans que l’on parvienne à arrêter son ravisseur. Quatorze années ont passé, l’empereur n’est plus le même, mais la plaie reste ouverte pour cette région du nord de Tokyo. Dans cette année civile 2002, la prescription des faits approche. Pourtant, pas question de baisser les bras. Le grand chef de la police nationale doit venir l’annoncer officiellement au père de la victime et à la presse. Le commissaire Mikami, en charge des relations publiques depuis peu, a une semaine pour organiser la visite. Premier défi : régler au plus vite un différend avec les journalistes; deuxième : vaincre la résistance du père ; troisième : ne pas se laisser envahir par ses propres démons. Mais pour relever ces défis, il lui faut avant tout débusquer la vérité aux sources les plus profondes de l’affaire et de l’âme humaine, là où il n’aurait jamais pensé la trouver…

Sortie le 21 septembre chez Liana Levi.



Mes prochaines lectures :


Je commencerai bientôt Vivre vite de Philippe Besson, que je lirai en LC avec Pauline du blog Entre les pages. Puis, j'enchaînerai avec N'écrire pour personne de A.L. Snijders, un recueil de petites histoires (qui n'auraient rien à voir avec des nouvelles). Bref, un très bon programme !


Articles publiés la semaine dernière :


Je vous souhaite une excellente semaine pleine de belles lectures !

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





dimanche 17 septembre 2017

In My Mailbox #45

In My Mailbox est un rendez-vous hebdomadaire qui a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C'est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. C'est le blog Lire ou Mourir qui s'occupe de la gestion du IMM français.



Chroniqueur judiciaire, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Si Sean, inspecteur de police, s’est bien tiré une balle dans la bouche, que vient faire ce Hors de l’espace, hors du temps d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture ? Et pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable ? En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série. Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect…
LE classique absolu pour les fans de romans policiers.


1757, la guerre franco-anglaise fait rage pour la conquête du Nouveau Monde tandis que les tribus indiennes se livrent une lutte sans merci. Le maréchal français Montcalm remonte le lac Champlain avec ses soldats pour prendre le fort William-Henry, tenu par le colonel Munro. Au même moment, les filles de ce dernier, Cora et Alice, sont en chemin pour le rejoindre. Egarées dans la forêt nord-américaine, elles rencontrent un chasseur blanc, Natty Bumppo, alias OEil-de-Faucon, et deux Indiens, Chingachgook et son fils Uncas, le dernier des Mohicans, qui deviennent leurs guides dans cette Amérique sauvage. Ce livre sans pareil, immense roman d’aventures qui connu dès sa parution un succès international, annonce la disparition des Amérindiens et la naissance des Etats-Unis.



Franklin Starlight a tout juste seize ans lorsqu'Eldon, son père ravagé par l'alcool, le convoque à son chevet et lui demande de l'emmener au coeur de la montagne, là où on enterre les guerriers. Au cours de leur voyage, Frank affronte un jeune grizzly, ramène poisson ou gibier et construit des abris contre la pluie, tandis qu'Eldon lui raconte comment il a rencontré l'amour de sa vie, pourquoi il a sombré dans l'alcool et d'où vient leur patronyme qui évoque les temps indiens immémoriaux. Ce périple permettra à chacun, au père comme au fils, de répondre à son besoin d'apaisement identitaire. Ce roman au style brut et aux dialogues taiseux est un aller simple pour les terres sauvages du centre du Canada.


Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L'espoir s'amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu'elle connaît à peine - et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l'espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l'entoure, faisant d'étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d'Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d'amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents - et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l'ont vue grandir ? Emouvante histoire de reconstruction, Les règles d'usage évoque avec brio la perte d'un être cher, l'adolescence et la complexité des rapports familiaux. Un roman lumineux.



Après «American Prophet», «The Sellout» est sans doute le livre où Paul Beatty pousse le plus loin la féroce ironie qui caractérise ses romans : pour servir ce qu'il croit être le bien de sa propre communauté, un afro-américain va aller jusqu'à rétablir l'esclavage et la ségrégation à l'échelle d'un quartier, s'engageant dans une forme d'expérience extrême et paradoxale qui lui vaudra d'être trainé devant la Cour suprême. Un sommet d'humour grinçant.


Sur ce craquage spécial poches, je vous souhaite un excellent dimanche et de belles lectures !

A demain ^^




vendredi 15 septembre 2017

Premières lignes #08

Ce rendez-vous hebdomadaire a été créé par Ma Lecturothèque.

Le principe est simple : il s’agit de présenter chaque semaine l’incipit d’un roman.

Ce rendez-vous est très intéressant car il nous permet de découvrir en quelques lignes un style, un langage, un univers, une atmosphère.

On choisit le livre que l'on veut : un coup de cœur, une lecture actuelle, un livre de sa PAL, un emprunt à la bibliothèque...



Ma chronique sur Nitro Mountain de Lee Clay Johnson est postée depuis ce matin même. Cela vous dit de lire ses premières lignes ? Dans ce cas, c'est parti !


1



   On était assis dans mon pick-up, devant le diner où elle travaillait. Greg, son patron, avait convaincu tout le monde qu'il était un génie.
   "Il est vraiment intelligent, a lancé Jennifer. Tu sais ce qu'il m'a dit, hier, quand j'étais dans la cuisine ?" J'ai baissé la vitre pour faire entrer de l'air frais. Elle a sorti son poudrier de la boîte à gants, a fait pivoter le rétroviseur et s'est poudré le nez. Des phares de voiture sont apparus, loin derrière nous. "Tu t'en fiches complètement, a-t-elle dit.
   — Nan, ça m'intéresse, ai-je dit. J'aimerais lui casser la figure." Les phares se rapprochaient.
   "Ouais, c'est ça. Tu te souviens la fois où tu as trouvé un écureuil blessé ?"
   Je me suis tourné et j'ai vu passer à notre hauteur à toute vitesse un Tacoma surélevé avec, un plateau arrière, une cage métallique pour chiens. Des aboiements et des hurlements se sont enroulés autour de nous, puis éloignés, tandis que les phares arrière prenaient le virage suivant.
   "C'était un bébé. Il était perdu. Il m'a trouvé.
   — Tu as pleuré quand il est mort.
   — Ca remonte à un bout de temps, ai-je dit.
   — De toute façon, t'as jamais chassé.
   — Je pêche.
   — Oui, enfin, tu attrapes les poissons et tu les relâches.
   — J'attrape les poissons et je les garde, chérie.", ai-je dit, en avançant la main vers son jean.
   Elle a repoussé ma main d'une tape. Choisir de ne pas chasser, par ici, était plus dur que pratiquer la chasse, vu toutes les conneries que les gens racontaient si tu n'allais pas patauger en tenue orange dès l'ouverture de la saison du cerf."


Je vous souhaite de belles lectures.

A dimanche pour un IMM... de fou. :/






"Nitro Mountain" de Lee Clay Johnson

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir


"A l'ouest toute, les montagnes égratignaient le ciel. La nuit, on apercevait une lumière rouge au sommet de
Nitro Mountain."



Présentation de l'éditeur

Dans une ancienne région minière des Appalaches ravagée par la pauvreté, l’ombre de Nitro Mountain s’étend sur la cohorte de laissés pour compte, junkies, piliers de comptoir, vauriens et marginaux sublimes qui y vivent. Jones, un musicien bluegrass qui se donne avec son groupe dans des bars glauques, prend sous son aile Leon, un jeune homme paumé qui ne se remet pas de sa rupture avec la séduisante, torturée et bouleversante Jennifer. Celle-ci a eu la mauvaise idée de tomber sous la coupe d’Arnett, un truand psychopathe aussi terrifiant que fascinant, reconnaissable au tatouage Daffy Duck qu’il porte au cou. Quand Turner, ex-flic cinglé à la gâchette facile qui a troqué son arme de service pour une arbalète, se met en tête d’arrêter Arnett, suspecté de meurtre, afin de regagner son insigne, les choses ont déjà commencé à tourner à l’aigre.
Un roman noir pénétrant, des personnages tordus, désespérés, et diablement attachants : Lee Clay Johnson fait une entrée fracassante en littérature à travers ce récit envoûtant, imbibé de whiskey et de drogues dures, sur fond de musique country.

Mon Avis

La différence est perceptible : si dans Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith, l'auteur nous laissait entrevoir une lueur d'espoir et de rédemption pour ses personnages, son compatriote, Lee Clay Johnson, est moins conciliant avec les siens : non, dans Nitro Mountain, il n'y a presque aucun espoir. Il nous emmène avec ses personnages dans les limbes du désespoir. Mais attention, il n'est pas question d'ennui ici, bien au contraire. Ici règnent humour noir, drogues, alcool et musique country.

"Arrange-toi pour ne pas être là quand je sortirai, a-t-elle dit.
— Mais tu vas faire comment si je suis pas là ?
— C'est fini entre nous. Je m'en vais.
— S'il te plaît, ai-je imploré. Non."
Elle s'est avancée vers le diner sans se retourner, a passé une main dans ses cheveux, à la porte, et vérifié qu'elle était belle avant d'entrer. Elle était belle. On voyait à peine le soleil dans le ciel en cette fin novembre.
Des nuages se dispersaient au-dessus des montagnes, au nord-ouest. La nuit tombait très tôt à cette période de l'année, il n'y avait jamais beaucoup de jour." (page 10).

Au début du récit, nous sommes avec Leon, un jeune homme peu ambitieux, un peu idiot, qui se laisse vivre entre petits boulots dans un foyer de sans-abris ou dans une supérette. Il joue de temps en temps dans un groupe de country en tant que bassiste. Sa vie est bouleversée le jour où sa petite amie Jennifer rompt avec lui. C'est une jeune femme encore plus paumée que lui, au passé violent, à l'enfance volée, qui ne sait pas faire la différence entre le bien et le mal. Mais Leon l'aime. Elle s'est trouvé un nouveau copain, Arnett, un personnage costaud, et certainement le plus déluré et le plus dangereux que j'ai pu croiser dans mes lectures. Arnett, reconnaissable grâce à son tatouage Daffy Duck sur le cou, est une véritable ordure, un psychopathe, un tueur. Lorsque Leon dénonce en douce ses activités de voyeur à la police, (Arnett avait en effet placé une caméra dans les toilettes des femmes d'un bar...), notre psychopathe cherche à retrouver celui qui a mis fin à ses activités perverses. De son côté, Jennifer n'en peut plus d'Arnett et de ses coups. Elle demande à Leon de le liquider. C'est le moment pour Leon de briller enfin et de sauver celle qu'il aime. Il se fait "engager" par Arnett pour retaper sa maison dans les bois. Leon veut passer à l'action. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu...

Ce roman noir n'est décidément pas comme les autres. Ses personnages sont tous désespérés ou désespérants, torturés, fous, drogués, mais au final, même Arnett devient presque attachant. C'est un ramassis de loosers, qui font ce qu'ils peuvent malgré tout mais qui, au final, s'enfoncent dans la misère.

"C'est pathétique", a-t-il dit et il m'a donné un coup de pied dans le flanc. L'air s'est échappé de mes poumons comme s'il y avait eu une crevaison. Je ne pouvais pas tenir debout, je ne pouvais rien dire, j'étais incapable de réfléchir. J'aurais dû lui demander si c'était tout,
mais je continuais à fixer Jennifer.
  "Partons d'ici, a-t-elle dit en le tirant par la manche. Allez, viens. Avant qu'il se relève.
— On ne peut pas le laisser là.
— Ca lui fera les pieds", a-t-elle dit." (page 17) 

Le début de la deuxième partie démarrent sur les chapeaux de roue. Un retournement de situation nous laisse pantois, sans voix, le souffle coupé. On n'a envie que d'une chose : savoir comment l'auteur va faire évoluer son intrigue, quelles seront les conséquences de ce coup dur, de cette bombe qu'il nous a lâchée, là, à nos pieds, au début de cette fameuse deuxième partie. L'ambiance change, de noire elle devient lourde, pesante, irrespirable. Puis arrivent d'autres protagonistes, des policiers (qui comme toujours dans les romans noirs sont corrompus et violents), et plus rien n'arrête l'escalade de la violence créée par l'auteur américain.

En parallèle, Lee Clay Johnson nous relate l'histoire de Jones, un musicien à la tête du groupe dans lequel joue Leon. Il est à la recherche de la chanson parfaite. Même si ce personnage est certainement celui qui est le plus raisonnable, il m'a moins intéressée. J'ai préféré suivre Leon et Arnett. Ce dernier personnage a beau être un véritable monstre, il a su me faire rire quelques fois (humour noir, bien sûr !), et à la fin du récit, je me suis rendue compte au final qu'il pouvait se révéler presque attachant, jusqu'à une certaine limite.

"Il avait le visage tellement bouffi qu'on aurait dit qu'il avait été piqué par une espèce d'insecte géant. Et puis il possédait de nombreuses armes à feu. Vraiment plein. Depuis qu'il avait emménagé ici, il avait pris l'habitude d'aller tuer - pas chasser, tuer -, puis d'embaumer les cadavres avec des bains de natron qu'il confectionnait lui-même ; les pièces du haut en étaient remplies. (...) Certains animaux étaient fixés au mur, et non pas juste entassés au sol, quelques-uns étaient déjà en train de pourrir." (page 100).

Enfin, j'ai moins apprécié le style de l'auteur, assez neutre, parfois un peu brouillon. J'aurais aimé peut-être un peu de poésie, d'émotions. Mais peut-être que l'auteur a voulu adopter pour son premier roman un style qui reflète l'atmosphère du roman, sombre, violent et dépourvu d'espoir. La seule étincelle d'espoir qui apparaît dans le récit est bel et bien la musique. Il faut préciser que l'auteur est lui-même musicien et qu'il a grandi au sein d'une famille de musiciens bluegrass.

En bref, Nitro Mountain est un très bon roman noir, très noir, mais qui ne ressemble à aucun autre. Ici, aucun espoir pour les personnages. Ils sont tous instables, tarés, violents, peu ambitieux, et vivent dans une misère sociale et intellectuelle déplorable. Tout au long du roman, on est sur le fil du rasoir : chaque personnage est capable du pire, musicien ou flic. Mais aucun n'est véritablement capable du meilleur... Finalement, on est surpris de voir qu'au final, le personnage le plus attachant de tous est peut-être le pire de toute cette brochette. Bref, Nitro Mountain est une très bonne référence du roman noir. Il est original et son point fort reste sans aucun doute ses personnages désespérés, mais forts et charismatiques.





Un grand merci aux éditions Fayard et au Comité de lecture Cultura.

Nitro Mountain (Nitro Mountain), Lee Clay Johnson, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Fayard, collection littérature étrangère, 300 p., sortie le 30 août 2017, 20,90 €, format Kindle : 14,99 €.




Bonus : l'interview de Lee Clay Johnson par La Fringale Culturelle !


A bientôt pour une prochaine chronique ^^





jeudi 14 septembre 2017

Throwback Thursday livresque #45

Le Throwback Thursday livresque est un nouveau rendez-vous inspiré du "Throwback Thursday" d'Instagram, et créé par le blog BettieRose Books.
Le principe est simple : on partage chaque jeudi une lecture qui correspond à un thème donné.
Le récapitulatif des liens se trouve sur le blog BettieRose Books.

Le thème de cette semaine est :


Tu n'es pas mon genre
mais je t'ai quand même aimé


Vous le savez peut-être déjà, les genres littéraires que j'apprécie sont très variés. Et il y en a beaucoup : du contemporain, du polar, de l'imaginaire (fantasy, romans d'anticipation, fantastique notamment). En fait, je suis assez bon public donc pas facile de faire un choix... Cependant, en réfléchissant bien, le genre littéraire que je fuis généralement, c'est la romance. Non pas que je déteste ce genre. Seulement, il ne me correspond pas pour le moment.
J'ai eu des "périodes" SF, une très longue période mangas (dont des shôjô !), un passage fantasy, classiques, dystopies... Et en ce moment, je traverse une période polars/romans noirs, de préférence nord-américains... Donc, qui sait, dans quelques temps peut-être aurais-je bientôt ma période romance, new romance ?
Quoiqu'il en soit, j'ai lu mon premier Hugo Roman il y a seulement quelques mois. Au début, c'était la couverture magnifique qui m'avait séduite. Puis, et surtout, c'est l'auteure dont tout le monde parle que j'avais envie de découvrir enfin. J'ai lu cette romance par pure curiosité. Et je l'ai bien aimée. Il s'agit de...




Ce sont ceux que nous aimons qui peuvent nous faire le plus de mal.
Lily Blossom Bloom n'a pas eu une enfance très facile, entre un père violent et une mère qu'elle trouve soumise, mais elle a su s'en sortir dans la vie et est à l'aube de réaliser le rêve de sa vie : ouvrir, à Boston, une boutique de fleurs. Elle vient de rencontrer un neuro-chirurgien, Lyle, charmant, ambitieux, visiblement aussi attiré par elle qu'elle l'est par lui. Le chemin de Lily semble tout tracé. Elle hésite pourtant encore un peu : il n'est pas facile pour elle de se lancer dans une histoire sentimentale, avec des parents comme les siens et Atlas, ce jeune homme qu'elle avait rencontré adolescente, lui a laissé des souvenirs à la fois merveilleux et douloureux. Est-ce que le chemin de Lily est finalement aussi simple ? Les choix les plus évidents sont-ils les meilleurs ?
Le chemin d'une jeune femme pour se trouver et pour rompre le cycle de la violence.
Est-ce que l'amour peut tout excuser ?


Jamais plus, Colleen Hoover, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pauline Vidal, Hugo Roman, New Romance, 407 p., 17 €.


La conclusion de ma chronique : "Jamais plus est une agréable surprise, une lecture pleine d'émotions. Ce roman juste nous ouvre les yeux sur le thème délicat de la violence conjugale. Il nous pose les bonnes questions. Malgré quelques clichés, cette romance est une bonne surprise et le style de Colleen Hoover m'a convaincue. Je lirai un autre de ses titres."

Ma chronique

Je vous souhaite d'excellentes lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^



mercredi 13 septembre 2017

"L'Absente de Noël" de Karine Silla

Famille, je vous haime


"Les gens continuent à voir midi à leur porte. Chacun tient toujours à sa version des faits et ne peut imaginer qu'il soit midi ailleurs que devant sa porte."



Présentation de l'éditeur

Sophie, 20 ans, partie faire du bénévolat à Dakar, doit rentrer fêter Noël en famille. La table est mise, le dîner du réveillon est prêt, les guirlandes scintillent. Tout le monde l'attend. Mais Sophie ne rentre pas. Accident ? prise d'otage ? fugue ?
Sa mère Virginie, son beau-père Gabriel, sa demi-soeur Chloé, son grand-père René, et même Antoine, son père, et Fanny, son épouse : tous partent à sa recherche au Sénégal.
Virginie a l'impression que tout ce qu'elle a tenté de construire part à la dérive. Sa fille a disparu. Antoine et Gabriel s'affrontent violemment. Fanny lui voue une haine féroce.
Sans repères dans ce pays inconnu, tous sont forcés de dépasser leurs préjugés et de se confronter aux souffrances enfouies.

Mon Avis

Sophie, 20 ans, part en mission humanitaire au Sénégal avec sa meilleure amie, Pamela. Elle le jure à sa mère Virginie, elle sera rentrée en France le 24 décembre. Le jour J, seule Pamela est montée dans l'avion. Qu'est-il arrivé à Sophie ? A-t-elle fugué ? Est-elle prise en otage ? A-t-elle eu un accident ? Sa mère, son beau-père Gabriel, son grand-père et sa petite sœur décident de partir à sa recherche à Dakar. Son père, Antoine, sa belle-mère, Fanny, et son demi-frère, Paul, sont aussi de la partie... Mais ces deux familles ne s'entendent absolument pas. Le passé a fait naître en eux beaucoup de rancœur. Au Sénégal, les masques tombent, les langues se délient. La haine entre les deux femmes est à son paroxysme. Vont-ils enfin se comprendre ? Vont-ils faire face aux souffrances des uns et des autres qui perdurent depuis 20 ans ? Vont-ils retrouver la trace de Sophie ?

"En quelques clics sur l'écran lumineux, c'était fait. Va pour l'orphelinat en Afrique. Le Sénégal. Pays d'origine d'Omar Sy et de Youssou N'Dour.
Elle ne connaît même pas Senghor, se lamente Gabriel." (page 12)

Autant ne pas tergiverser plus longtemps, ce troisième roman de Karine Silla est un vrai bijou. Nous avons affaire à des personnages aux caractères forts, aux sentiments complexes. Ils campent tous sur leurs positions, ils sont bornés, mais ils souffrent tous à leur manière. Ils vont devoir cohabiter dans un hôtel de Dakar, loin de leur confort habituel, ils vont découvrir à leurs dépens une autre culture, et tenter de surmonter leurs différends. Les répliques sont cinglantes, les réflexions fusent, c'est un véritable régal.

L'auteure dévoile également une autre histoire familiale sénégalaise, celle de Soukeyna, qui travaille à l'hôtel Les Flamants Roses, là où loge la famille recomposée de Sophie. Elle présente par ce biais les us et coutumes de la vie à Dakar.
La dramaturge, réalisatrice et scénariste franco-sénégalaise est également douée pour décortiquer d'une façon remarquable les sentiments complexes des personnages. Elle sait nous plonger dans leurs pensées, leurs souffrances et leurs rancœurs avec brio. Son style est puissant et magistral à la fois.

"Je préfère trembler et rester vivante. Traverser la vie sur un mur bien large plutôt qu'un fil. Trop loin de moi l'idée du funambule avec le vide comme terrain de jeu. Je préfère la terre ferme aux mers agitées. Les bouées. Les gilets de sauvetage. Les caissons à oxygène.
Tout sauf mourir." (page 19)

Enfin, parlons de cette absente de Noël, Sophie, le personnage central de cette histoire qui brille par son absence. Nous allons en apprendre beaucoup sur son passé, celle d'une fille aimée mais qu'il faut cacher, toujours privée de fêtes de Noël avec son père. Même si la vérité sur sa disparition va être rapidement dévoilée par l'auteure, on est fascinés et amusés de constater à quelle vitesse l'image de  Sophie-fille-parfaite s'effrite dans l'esprit de sa mère, au fil des pages. En effet, Virginie ira de déconvenues en déconvenues. Connaît-on vraiment son enfant, après tout ? Cet angle est tout simplement fascinant : chacun voit midi à sa porte, comme le note si bien l'auteure dans sa préface...

"Elle était un secret sans en être un. Un silence tacite, pesant. Un entre-deux. Une identité reconnue mais cachée. La fierté sans lumière éclatante pour son père. Toujours un peu dans l'ombre. Sa naissance n'a pas seulement apporté de la joie, elle a apporté du chagrin. Personne ne le lui dit mais elle le sait. Des mots qui traînent derrière une porte. Son prénom murmuré - jamais crié - sur tous les toits. Une culpabilité sans en connaître la cause." (page 21)

En bref, L'Absente de Noël est un roman remarquable, un vrai régal de lecture. Il relate l'histoire d'une famille recomposée dans laquelle tous les protagonistes souffrent, chacun à leur manière. L'auteure use de son talent pour décortiquer les sentiments complexes de ces personnages à fortes têtes. Elle inclut également dans son récit l'histoire d'une famille sénégalaise, à travers les us et coutumes du pays. Répliques cinglantes, passés troubles, souffrances dissimulées, secrets enfouis, ce roman familial est à la fois passionnant, sincère et puissant.



Un grand merci aux éditions de l'Observatoire !

L'Absente de Noël, Karine Silla, Editions de l'Observatoire, sortie le 23 août 2017, 448 p., 21,90 €, format Kindle : 14,99 €.




A bientôt pour une prochaine chronique ^^