vendredi 9 décembre 2016

Les Pleurs du vent

"Le son provenait du crâne. Un murmure, "Untôto, Untôto...", qui ne sortait d'aucune bouche. Le bruit du vent, aigu puis grave, suivit comme une luciole l'étroit chemin obscur au pied de la falaise, traversa le tympan des enfants qui tendaient l'oreille puis descendit jusqu'au fond de leur poitrine avant d'aller se dissoudre dans l'eau froide accumulée au creux d'un vieil arbre."


Auteur : Shun Medoruma
Titre VO : Fûon
Traduction : Corinne Quentin
Edition : Zulma
Genre : Contemporain
Date de parution : 03 octobre 2016
Nombre de pages : 126
Prix : 16,50 €
Prix Kindle : 12,99 €


4e de couverture

Tout commence par un jeu d'enfants au pied de l'ancien ossuaire, sur l'air de chiche qu'on grimpe sur la falaise, pour aller voir de plus près le crâne humain qu'on aperçoit d'en bas, et dont tout le monde au village sait bien qu'il gémit sous le vent. Objet sacré, craint et vénéré, le crâne est l'emblème des tragédies humaines vécues pendant la Seconde Guerre mondiale. De toute la bande, seul Akira a le courage de monter. Et de tout le village, seul Seikichi, le père d'Akira, ose s'opposer à ce que Fujii, journaliste en fin de carrière, vienne tourner un reportage autour de la légende du crâne qui pleure. L'un et l'autre pourtant sont hantés par un même souvenir : les heures terribles de la bataille d'Okinawa que ni Fujii, enrôlé dans un bataillon de kamikazes à vingt ans, ni Seikichi, enfant pendant la guerre, n'ont oubliées... Les Pleurs du vent conte la paix retrouvée des âmes - celles des morts comme des vivants.


Mon Avis

Etes-vous hypnotisé vous aussi ? Regardez bien la jolie couverture des Pleurs du vent et vous serez comme moi, attiré par ces vagues. Et comment résister à ce titre si poétique ? Sorti au Japon en 1997, les éditions Zulma ont eu l'excellente idée de publier ce roman japonais en français. Un court roman où il est question de deux hommes qui ont vécu la bataille d'Okinawa, la dernière bataille de la Seconde Guerre mondiale. Et il y a aussi ce crâne qui pleure, et cette peur, cette honte qui habitent les personnages. Je remercie les éditions Zulma pour cette sublime lecture.

Ile d'Okinawa, au Japon, dans les années 80. Le crâne est ici un des personnages principaux de cette histoire. Objet sacré, maudit ou vénéré, il représente toutes les victimes japonaises décédées pendant la Seconde Guerre mondiale, qu'elles soient soldats kamikazes ou civiles. Il existe depuis quarante ans un mystère autour de ce crâne qui surplombe la falaise et contemple la mer. Les rumeurs et le mystère qui l'entourent ont engendré une sorte de malédiction autour de ce crâne ayant appartenu à un kamikaze. Que semble cacher Seikichi ? Pourquoi est-il si terrifié lorsqu'on lui parle de ce crâne ? Que cache à son tour Fujii, venu enquêter sur la légende du crâne qui pleure ? En tout cas, ce crâne provoque chez ces deux personnages un réveil brutal de leurs douloureux souvenirs, du temps de cette bataille d'Okinawa.

"Jusqu'à présent, personne n'avait jamais eu l'idée de parler sérieusement du crâne qui pleure à quelqu'un d'extérieur au village. D'abord parce le sentiment d'avoir une dette envers ceux qui étaient morts à la guerre interdisait aux survivants de parler à tort et à travers des disparus, mais surtout parce que quiconque entendait la triste lamentation du vent ne pouvait qu'être saisi de stupeur. Dans le village, où il était défendu de pointer du doigt un cimetière car cela portait malheur, il y avait des gens qui ne pouvaient pas même lever les yeux vers le crâne qui pleure, lequel depuis les vestiges de l'ossuaire en plein air continuait à regarder la mer." (pp. 40-41).

Ainsi, dans ce court mais intense roman, il est question de cette bataille sanglante qui dura 22 jours et qui fit tomber plus de 77 000 soldats japonais et plus de 14 000 soldats américains. Les personnages sont comme encore "sonnés" par cette guerre, même quarante ans après. Elle leur a laissé une empreinte indélébile. Le bruit terrifiant provenant du crâne terrifie Seikichi depuis des années et lui rappelle incessamment ce qu'il a vécu avec son père il y a quarante ans. Quant à Fujii, le journaliste, il a ressenti cette peur féroce de mourir, celle qu'il a ressentie alors qu'il était soldat-kamikaze. Il était même en colère contre son propre Empereur, et se posait des questions sur cette guerre. Vous l'aurez compris, ce livre donne énormément à réfléchir sur la souffrance engendrée par la guerre. Ces personnages pourront-ils un jour s'en délivrer ?

En conclusion, Les Pleurs du vent est un court roman dans lequel deux destins d'hommes se croisent. L'un a vécu la bataille d'Okinawa en aidant son père blessé, en évitant les soldats américains qui grouillaient le sol de l'île. L'autre était soldat et aurait dû finir kamikaze comme ses camarades. Le crâne qui pleure fait ressurgir leurs souffrances à chaque instant. Quel est le mystère qui entoure ce crâne ? Seikichi et Fujii réussiront-ils à surmonter leurs douleurs ? De même, ce roman laisse une grande place à la nature, l'autre grand personnage du livre. La falaise, la mer, le vent, la rivière, le banian. Tous sont acteurs. L'auteur les décrit si bien qu'on a l'impression nous aussi de se trouver au pied de cette falaise mystérieuse ou bien au cœur de cet ossuaire. Alors, lisez ce roman. Peut-être même que vous aussi vous entendrez les pleurs du vent...

Ma note : 18/20

A bientôt pour une prochaine chronique ^^



2 commentaires:

  1. Je viens de relire ta chronique pour la seconde fois. Tu as vraiment un talent pour nous raconter tes lectures et tu me donnes envie de découvrir des ouvrages sur lesquels je ne me serais jamais arrêtée.

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    1. Merci ma belle :) Tes mots me vont droit au cœur.

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