vendredi 23 décembre 2016

Les Dames de Kimoto

"Depuis plus de vingt ans, sa vie et celle de Hana ne faisaient plus qu'un. Mais à présent, elles ne seraient plus jamais unies, pas même dans le tombeau familial. Hana se sentait étroitement liée à sa grand-mère. La conscience de leur commun destin féminin les rapprochait
plus que jamais."


Auteur : Sawako Ariyoshi
Titre VO : Kinokawa
Traduction : Yoko Sim avec la collaboration d'Anne-Marie Soulac
Edition : Mercure de France
Genre : Classique
Date de parution : 14 novembre 2016
Nombre de pages : 266
Prix : 19,80 €
Prix Kindle : 13,99 €


4e de couverture

Le mont Kudo était encore voilé par les brumes matinales de ce début de printemps. La main serrée dans celle de sa grand-mère, Hana franchissait les dernières marches de pierre menant au temple Jison. Elle était coiffée avec recherche - une coiffure de mariée aux coques luisantes - et l'éclat rosé de son teint de jeune fille transparaissait sous l'austère maquillage blanc. Elle portait un kimono de cérémonie de crêpe de soie violet à très longues manches. Elle savait que sur le point d'être admise comme bru dans une nouvelle famille, elle cesserait dès lors d'appartenir à la sienne...
Hana a vingt ans et c'est le jour de son mariage, arrangé comme le veut la coutume, alors qu'elle n'a vu son fiancé qu'une seule fois. Sa grand-mère, Toyono, qui l'a élevée, incarne la tradition, immuable, ancestrale et veut que sa petite-fille la respecte. Mais on est à l'aube du XXe siècle et déjà le monde change. Hana va vite se retrouver déchirée entre le carcan des obligations familiales et sociales et ses aspirations personnelles. Mère à son tour, elle devra affronter la génération montante en la personne de Fumio, sa fille qui, après de violents conflits, saura prendre des temps anciens et des temps nouveaux ce qu'ils ont de meilleur.

Mon Avis

J'avais prévu de lire davantage de romans japonais, et je suis servie avec ce classique, Les Dames de Kimoto, dont le bandeau est tout simplement sublime. L'auteure, Sawako Ariyoshi, est l'une des plus prestigieuses romancières japonaises contemporaines selon l'éditeur. Kinokawa ("le fleuve Ki" en français), le titre en VO, et sorti en 1959, s'est vendu à 3 millions d'exemplaires au Japon. J'avais donc hâte de découvrir ce classique japonais. Je remercie les éditions Mercure de France pour cette superbe lecture.

Ce roman en trois parties relate l'histoire de quatre femmes, toutes issues de la même lignée, les Kimoto. Quatre femmes, quatre destins, avec pour fil conducteur le fleuve Ki, qui relie différentes familles prestigieuses.
Tout commence à la fin du XIXème siècle, au Japon, au cœur d'un village près du Mont Kudo. Toyono, 76 ans, marie sa petite-fille Hana, 20 ans, qu'elle a élevée elle-même selon les traditions ancestrales. Hana a reçu une éducation stricte, et maintenant qu'elle est une jeune fille accomplie, il est grand temps pour elle de se marier. Mariage arrangé oblige, c'est Toyono qui choisit le futur mari de Hana. Si les jeunes filles se marient vers l'âge de quinze ou seize ans, Toyono prend son temps pour choisir LE mari idéal pour sa petite-fille, tout en respectant des règles très strictes dictées par la nature, comme en témoigne ce dialogue entre Toyono et le père de Hana :

"— Il est impossible de laisser Hana aller vivre chez les Suda. 
— Mais pourquoi ?
— Réfléchis un peu. Les eaux du fleuve Ki coulent d'est en ouest. Pour aller chez les Suda, Hana devrait remonter le cours du fleuve, ce que les femmes ne doivent faire en aucun cas lors de leur mariage. Jamais je ne permettrai à Hana d'épouser un Suda.
— Soyez raisonnable, mère.
— Je le suis justement. Ma mère venait de Yoshimo. Ta mère, de Yamato. Toutes deux ont suivi le fil de l'eau. S'opposer aux forces naturelles est un crime." (p.18).


Toyono choisit alors Keisuke Matani, maire de son propre village, Musota. Comme le veut la tradition, avec un protocole strict, la mariée rejoint la famille de son futur époux par le fleuve Ki et reste auprès de la famille de son mari jusqu'à la fin de ses jours. En effet, le rôle de la femme est d'"assurer dans le mariage la descendance de la famille du mari" (p.14).

Hana devient d'année en année le pilier de sa famille. Force de caractère, elle soutient son mari Keisuke lorsqu'il se lance dans la politique, elle régit entièrement la maison à la place de sa belle-mère.

Mais cette ère de traditions commence à décliner. L'ouverture vers l'Occident change et bouscule considérablement les traditions : Keisaku ramène de l'aluminium, alliage méconnu au Japon (on est en 1904), le calendrier occidental est adopté. Le Japon se prépare à beaucoup de changements.

Fumio, la fille de Hana, donnera du fil à retordre à sa mère. En effet, elle se révèle rebelle, excentrique, garçon manqué, et totalement réfractaire aux traditions. Ce comportement la pousse à se montrer agressive envers Hana. Ces deux personnages se ressemblent pourtant tant elles savent se montrer fortes, mais il subsiste toujours une tension entre elles. En effet, Hana représente la tradition, le Japon ancien ; Fumio est le refus des traditions, et la confiance envers la science. Fumio sera aussi témoin du contraste saisissant entre la campagne, Musota, et la ville, Tôkyô.
Cependant, Fumio va vivre un drame qui va la pousser à se rapprocher de sa mère, et des traditions. Changera-t-elle d'avis ?

Le quatrième personnage principal est la petite-fille de Hana, la fille de Fumio, Hanako. Elle qui a vécu à l'étranger avec ses parents est à chaque fois heureuse de retrouver sa grand-mère. Contrairement à sa mère, Hanako s'intéresse beaucoup aux traditions de son pays natal, et souhaite ardemment un retour aux sources. Mais la Seconde Guerre Mondiale éclate et le Japon entre dans le conflit. Que restera-t-il de cette famille que Hana a eu à cœur de fonder ?

Vous l'aurez compris, ce roman dépeint une fresque familiale à travers le personnage central de Hana. Quatre destins de femme très différentes. Des femmes ancrées fermement dans les traditions ancestrales, centrées sur l'époux et sa famille ; d'autres femmes qui se tournent vers le changement, vers la modernité. Ces quatre femmes illustrent à la perfection ces deux faces du Japon : la tradition et la modernité. On voit bien le changement de visage du Japon, cette mutation qui s'est fait en très peu de temps.

Quant au style, il reste sobre, sans fioriture, sans envolée stylistique. Mais cela ne m'a pas gênée outre mesure, le récit est clair, et la lecture est fluide. Néanmoins, j'ai eu l'impression que l'auteure mettait parfois un peu trop de distance avec ses personnages.

Pour conclure, Les Dames de Kimoto est un roman magistral lourd de symboles, relatant quatre générations de femmes, à une époque charnière du Japon qui se tourne de plus en plus vers l'Occident. Le contexte historique joue bien évidemment un rôle important dans cette volte-face du Japon. Cependant, le thème principal reste celui de la famille : "un flot qui a coulé de vous à mère et de mère à moi" comme le dit si bien Hanako à sa grand-mère. Bref, un roman que je conseille à tous les passionnés du Japon et à ceux qui veulent connaître les destins sensationnels de ces femmes incroyables.


Ma note : 18/20

A bientôt pour une prochaine chronique ^^











2 commentaires:

  1. Je ne suis pas fascinée par le Japon mais j'aime beaucoup les sagas familiales. Donc ce livre pourrait sans doute me plaire. Merci !

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    1. Oh oui, si tu aimes les sagas familiales, tu l'aimeras c'est certain :)

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